19/04/2016

Le Revers de l'image - exposition objets audiovisuels - Joris Guibert

Les éditions Re:voir (catalogue de cinéma expérimental) accueillent le vidéaste Joris Guibert.
Une exposition qui sonde le corps de l’image photosensible (celluloïd et électronique) et sa mutation numérique.


Re:voir/ The Film Gallery
22 avril – 25 mai 2016
43 Rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris

VERNISSAGE
VENDREDI 22 AVRIL, 19h
PERFORMANCES AUDIO-VIDEO :
  • Marc Plas : projection
  • Emmanuel Ferrand : vieux media
  • Nathalie Forget & Alex A : ondes Martenot & clarinette basse
  • Entartete Electronische (rybn.org) : µUHF
  • Celio Paillard (bruit de fond)
  • LSDroom (improvisation vidéo)
  • Joris Guibert : matières électriques
The Window Laboratoire artistique en milieu urbain
1 rue Gustave Goublier, 75010 Paris 

« Cette exposition ausculte le corps de l’image, et la question du regard.

Les réplications et migrations des images, les mutations et multiplications des supports, l’évaporation du numérique, obligent à repenser nos expériences de regards. Les œuvres explorent toutes ici les matières malléables des différents media (vidéo, papier, celluloïd) et les phénomènes des machines. Installations et projections construisent un dispositif total qui investit l’espace et fait entrer en résonance les manifestations des appareillages.

Interroger le rapport à l’image, la relation aux technologies, la foi dans le visible et dans les techniques de visibilité. Questionner ce qui fait apparition et apparence, où l’image s’incarne et qui permet au regard de se former. »
 

Et après le vernissage:

Le 23 avril 2016, The Window organise une journée de Workshops dans la rue Gustave Goublier.

Au programme :

14h30-15h30 : "Chante moi un mouton".
Workshop de patchwork sonore : Capations et creations sonores avec les participants autour du thème des cris d'animaux. Atelier assuré par Nicolas Gimbert ( artiste sonore) pour les enfants de 6 à 11 ans.

A partir de 15h30 : Atelier Cocktails avec Yemanja au 0/Gustave activitée pour parents et enfants.

16h-17h : "Petites histoires de manipulations par l’image".
Workshop décryptage d’images : Amenez vos documents ou venez simplement découvrir la lecture d’image, l’analyse des médias visuels, à travers des images qui forment notre regard sur le monde (cinéma, publicité, information...)
Atelier participatif d'initiation ouvert à tous (à partir de 10 ans), par Joris Guibert (artiste vidéaste / enseignant cinéma)

Pour informations et inscriptions : info@thewindowparis.fr

Prix libres.

23/03/2016

MARCEL HANOUN'S SEASONS / LES SAISONS DE MARCEL HANOUN


 RE:VOIR est heureux de vous présenter son nouveau coffret des Saisons de Marcel Hanoun, une tétralogie réalisée entre 1968 et 1972. Elle est composée de L'Été, L'Hiver, Le Printemps puis L'Automne.
Chacun des films de Marcel Hanoun est une invitation au voyage qui s’adres­se au voyageur, et non au touriste. En effet il n’est pas question ici d’un voyage or­ganisé et aseptisé, pour qui souhaite être diverti dans le confort, en minimisant les « mauvaises » surprises. En chaque film Hanoun fait appel au spectateur aventurier qui est en nous pour un périple sinueux et extatique dans les méandres de la pensée réflexive, créatrice et poétique.

 L'Été, premier volet de cette série - cette dernière considérée d'ailleurs davantage comme l'accomplissement heureux d'un désir "névrotique" qu'une œuvre véritablement prévue à l'avance - a été réalisé en 1968 (64 minutes). Il ne manque donc pas de traiter des événements de cette année. Marcel Hanoun considère qu'il est " le film le plus violent qui ait été fait à partir des événements de mai." Il dit que c’est un film "qui a irrité beaucoup de gens parce que, sous une apparence de calme, il est extrêmement violent, mais d’une violence retenue, et si ces gens sont tellement irrités, c’est qu'ils sont profondément atteints ". L'Été, narrant en noir et blanc l'histoire d'une femme reculée dans une maison de campagne pour la saison, débute par cette phrase énoncée : "Ceux qui ne font la révolution qu'à moitié ne font que se creuser une tombe". Le récit n'évolue pas, le personnage ne se développe pas, le rythme, ponctué de romans photographiques, est calme et pourtant le jeu des détails nous semble devenir d'autant plus riche : ces moments marqués par la banalité pure permettent finalement au véritable sujet du film de couler par les interstices du récit... la confrontation entre désir et réalité. Y est cité un des slogans des événements de 1968 : "Déboutonnez votre cerveau aussi souvent que votre braguette". Hanoun amorce déjà la monstration de sa totale confiance en la "sensibilité" du spectateur, et tente, à mesure qu'il s'éloigne d'une compréhension basée uniquement sur l'intellect, de l'en rapprocher.

L'Hiver est donc le deuxième volet de la tétralogie de Marcel Hanoun, réalisé en 1969 (78 minutes). Il y s'agit d’un cinéaste qui entreprend un documentaire sur la ville de Bruges et qui éprouve à Bruges le désir de faire un long métrage de fiction. L'Hiver parle avant tout de Cinéma, mais peut également être vu comme un véritable poème d’amour à l’égard d’une ville, traitant de la recherche d’une femme et la réflexion d’un cinéaste sur son art... sur l’Art en général. Sur le réel et l’imaginaire. Le noir et blanc et la couleur. Catherine Binet, qui a participé au montage en parle en disant : " L’Hiver me fait penser à quelqu’un qui ferait la toupie à toute allure dans une pièce et qui verrait des tas de miroirs ou­vrant sur des tas de fenêtres, des jardins, des musées. La personne verrait défiler tout çà à toute allure et verrait, quand elle s’arrêterait, dans quelque miroir que ce soit, son image. On est enfermé dans L’Hiver ". Marcel Hanoun nous prouve encore que nous créons notre propre hermétisme, et qu'il s'agit dans cette œuvre de le déconstruire, d'aller au delà.

Le Printemps a été réalisé en 1970. C’est l’histoire d’un homme qui est poursuivi, qui fuit à travers la campagne, les forêts. Il a commis une faute, on ne sait pas laquelle. Par­allèlement, en contre-point, il y a l’histoire d’une petite fille qui vit à la campagne chez sa grand-mère. Histoire œdipienne, tableaux vivants de plans qui nous plongent dans de véritables Veermer, ou des Le Nain (ou des Balthus ?). Hanoun passe ici son temps à "éloigner son film de la lit­térature romanesque et à le rapprocher de la peinture et de la musique" (Dominique Nogez). Le Printemps, illustrant un Michael Lonsdale proche d'une image christique, est une boucle sur lui-même, une boucle sur le sens de la simplicité paysanne et de la merveille qu’est un geste, un visage, un parler enraciné dans le terreau d’une tradition non-urbaine, illuminé par la lumière naturelle, vive et directe d’une sai­son. Une merveille esthétique.

L'Automne, enfin, est un film technique, immobile, faussement immobile, sur le montage. Réalisé en 1972, il met en scène Michael Lonsdale comme réalisateur et l'actrice Tamia comme son assistante. C'est pendant 75 minutes qu'ils vont monter leur film devant nous, dans une dialectique infinie du regardant, regardé, film filmant, film filmé, dans un hommage continu à L'Homme à la caméra de Vertov. "Nous sommes dans une situation de contrainte, celle d’être face à un écran où l’on voit deux personnages eux-mêmes face à un écran et ce, durant tout le film. Mais cet écran, qu’ils regardent tout en parlant de musique, de peinture, de cinéma et d’amour, c’est nous. Tout cela nous renvoie à notre conscience pour qu’alors puisse s’exercer notre responsabi­lité d’être libres." (Dominique Nogez). Notre liberté, nous l'avons compris, est ce pouvoir que nous possédons, oublions, et que Marcel Hanoun sans cesse nous rappelle.
L'Automne a reçu le prix special du jury à Dinard, en 1972, et fut, la même année, déclaré vainqueur du challenge international des cinémas d’art et d’essai, rendant à Hanoun l'estime qu'il mérite.


Avec tout autant de pertinence que l'ensemble de son œuvre, L'Automne nous rappelle, par la voix de Tamia, que « Le cinéma a des dimensions que nous ne connaissons pas encore, qui nous deviendront aussi familières que nous sont familières les étrangetés de notre monde quand nous savons les voir ». Ce mystère, cette surprise, est un état que le spectateur doit accepter pour se perdre et mieux se retrouver dans ces magnifiques quatres Saisons.

Coffret maintenant disponible en DVD !


L'Été, 1968, 35mm noir et blanc, 64 minutes, avec Graziella Buci et Pierre-Henri Deleau.
L'Hiver,  1969, 35mm noir et blanc et couleur, 78 minutes, avec Tiziana Siffi, Michael Lonsdale, Christian Barbier, Frédéric Latin et Maurice Poullenot.
Le Printemps, 1970, 35mm noir et blanc et couleur, 78 minutes, avec Michael Lonsdale, Raymonde Godeau, Véronique Andriès, Catherine Binet et Anne-Marie Ramier.
L'Automne, 1972, 16mm noir et blanc et couleur, 75 minutes, avec Michael Lonsdale et Tamia.

29/02/2016

Underground New York - Gideon Bachmann - 1968

Gideon Bachmann, filmmaker, journalist, and radio commentator was born in 1927 near Stuttgart, Germany and emigrated with his family in 1936 to what was then Palestine. He lived briefly in Prague before immigrating to the US in 1948. In New York in 1952 he enrolled in a class taught by Hans Richter at the City College of New York.
In 1967. ZDF, the German public television group, had commissioned him to reveal the inside story of the scandalous “Underground New York.” In doing so, he reconnected with some of his former classmates from City College". His study will give birth to this very special documentary where "Gideon Bachmann explores the epicenter of the sixties revolution in art, music, poetry and film and interviews the main players in the "New American Cinema" that was born on the streets of New York ".

Bachmann encountered the New American Cinema Group, founded in 1960 by Shirley Clarke and Jonas Mekas, trying to fight against this official cinema that is all over the world running out of breath ("morally corrupt, aesthetically obsolete, thematically superficial, temperamentally boring").

Shirley Clarke reflects on the cultural upheaval in the country and her own need to be at the center of it and “not only make films but live the action of the films.”

Mekas, on the other hand, despite his combative tone as a polemicist, remained tender and lyrical as a filmmaker. We can see him in Underground New York live in the space of his "Movie Journal" in a completely fresh and new way.

Bachmann’s crew headed to another exotic NY destination – the Bronx – to capture the curious world of the twin Kuchar brothers, George and Mike. From their early childhood the Kuchars had been obsessed with the lurid sensationalism of lowbudget movies that occupied the lower half of “double bills” at Bronx movie palaces. They recruited family and friends to star in their attempts to recreate the hysterical energy that Hollywood “B” movies used to compete with the refined production values of the “A” movies at the top of the bill. 

We meet the Californian Bruce Conner, his filmic production as much as his plastic one, and his good-natured sincerity. Indeed, Conner was a prolific visual artist in many other media (paintings, drawings, prints, collages, assemblages and sculpture) and was completely accustomed to the gallery and museum system of exhibition.

Underground New York, in its second half, gives viewers a teasing glimpse of what the mass media always suspected was the true nature of “underground” films – soft-core pornography under a transparent veil of pseudo-philosophy – with the shootings of Carl Linder and Maurice Amar. However offensive these sequences, they are a useful reminder that deliberate confusion between “underground” cinema and pornography was in fact often a conscious marketing strategy to attract viewers to the screenings of the films at the time. 

Another foray outside Manhattan took Bachmann’s crew to Rockland County, New York where poet and artist Gerd Stern had turned an old church into a home and studio for his media art commune, USCO (“The Company of Us”). Putting into practice ideas of the media theorist Marshall McLuhan, the group employed a multiplicity of devices — stroboscopes, projectors and audio equipment to create live multimedia performances.

Last but not the least, Gideon Bachmann gides us through Andy Warhol's Factory, where we attend to an amazing interview of the greatest pretender of all times. The celebrity interview was a medium unto itself for Warhol and he mastered it with as much assurance as he had all his other media — painting, photography, silkscreen printing, filmmaking... A short time after being interviewed by Bachmann, he founded Interview, a magazine entirely devoted to the celebrity interview and, like virtually everything Warhol undertook, a huge success.

Texts extracted from Underground New York's book, written by Scott Hammen.

 


                                                                                                                                                              Visuel : ©Diana Vidrascu

Gideon Bachmann, cinéaste, journaliste et homme de radio, est né en 1927 près de Stuttgart, en Allemagne. Avec sa famille, il émigre en 1936 dans ce qui est alors la Palestine. Il vit brièvement à Prague puis émigre aux Etats-Unis en 1948. En 1952, il s’inscrit au cours de Hans Richter au City College of New York.

En 1967, la ZDF – la télévision publique allemande – le mandate pour révéler les dessous du sulfureux « underground new-yorkais ». Bachmann en profite pour renouer avec certains de ses anciens camarades de classe du City College. Son étude donnera vie à ce documentaire, où il "explore l'épicentre de la révolution artistique, musicale, poétique et cinématographique des sixties, en interviewant les principaux acteurs du "New American Cinema" né dans les rues de New York".

Bachmann est allé à la rencontre du New American Cinema Group, fondé en 1960 par Shirley Clarke et Jonas Mekas. Celui-ci essayait de combattre le cinéma officiel qui dans le monde entier était en train de s'essouffler ("Sa morale est corrompue, son esthétique obsolète, sa thématique superficielle et son tempérament ennuyeux.").

Shirley Clarke était en pleine étude du boulversement culturel à l'oeuvre dans son pays, et exprimait son besoin d'être au centre de celui-ci : "ne pas simplement faire des films, mais vivre l'action des films".

Mekas reste quant à lui, malgré le ton combattif de ses écrits polémiques, un cinéaste tendre et lyrique, et on le voit dans Underground New York s'approprier l'espace de ses "journaux filmés" d'une main légère, et avec un regard nouveau.

Gideon Bachmann se dirige ensuite vers le Bronx pour nous faire rencontrer les frères Mike et Goerge Kuchar, qui depuis leur plus tendre endance sont obsédés par le sensationnalisme criard des films à petit budget qui composent les doubles programmes des cinémas du Bronx. Ils n’auront donc de cesse de recruter famille et amis pour tenter de recréer l’énergie hystérique avec laquelle les films hollywoodiens de série B cherchent à concurrencer le raffinement de leurs homologues à gros budget.

On rencontre Bruce Conner, sa production filmique autant que plastique, et sa sérénité naturelle.  Conner fut en effet un artiste visuel prolifique dans de nombreux autres domaines (peinture, dessin, impression, collage, assemblage et sculpture), habitué de ce fait au système de diffusion des galeries et des musées.

Underground New York, dans sa deuxième partie, donne au spectateur un aperçu aguicheur de ce que les médias de masse ont toujours soupçonné être la véritable nature du cinéma « underground » -de la pornographie soft sous un voile transparent de pseudo-philosophie- avec les tournages de Carl Linder et Maurice Amar. Quel que soit le caractère outrageant de ces séquences, ces dernières rappellent utilement que la confusion délibérée entre le cinéma « underground » et la pornographie était en réalité une stratégie marketing consciente, visant à attirer le spectateur aux projections des films.

Une autre incursion en dehors de Manhattan emmène l’équipe de Bachmann à Rockland County, dans l’État de New York, où le poète et artiste Gerd Stern a fait d’une vieille église le domicile et le studio de sa communauté d’artistes visuels, l’USCO (« The Company of Us »). Mettant en pratique les idées du théoricien des médias Marshall McLuhan, le groupe emploie une multitude d’appareils – stroboscopes, projecteurs et matériel audio – pour créer des performances multimédia.

"Last but not the least", Gideon Bachmann nous emmène à la Factory d'Andy Warhol, où l'on assiste à une interview absolument incroyable et inédite du maître du faux-semblant. L’interview de célébrités était pour Warhol un médium en tant que tel, et il le maîtrisait avec la même assurance que les autres médias – peinture, photographie, sérigraphie, cinéma... Peu de temps après l’interview de Bachmann, il fondera Interview, magazine entièrement consacré aux interviews de célébrités. Cette parution connaîtra, comme pratiquement toutes les tentatives de Warhol, un énorme succès.

Textes tirés du livret d'Underground New York, écrit par Scott Hammen.