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17/06/2019

Projection au cinéma de l'Archipel le 9 juillet dédiée à Philippe Garrel







FUTUR ANTÉRIEUR est un nouveau cycle de rencontres proposé au Cinéma L'Archipel. Tous les deux mois, des films du cinéma dit "expérimental" seront diffusés en présence de leurs auteurs ou de spécialistes.
En lien avec le travail d'édition de Re:Voir, ces séances seront conçues chacune sur mesure pour les œuvres et leurs auteurs.

Cette cinquième et dernière séance est consacrée à l'artiste Philippe Garrel.


En présence de Balthazar Clémenti









PROGRAMME :


🔘 "La Cicatrice intérieure" de Philippe Garrel, 60', 1972
avec : Nico, Philippe Garrel, Pierre Clementi, Christian Päffgen, Daniel Pommereulle, Balthazar Clémenti, Jean-Pierre Kalfon

"En 1972, Nico chante et hurle dans le désert du Nouveau-Mexique, dans des plaines enneigées d’Islande, dans des paysages calcinés d’Egypte. Philippe Garrel tourne "La Cicatrice intérieure", film-trip ultime dans les territoires les plus désolés du monde. Retour sur une œuvre-clé, dont on entend l’écho jusque chez Gus Van Sant ("Gerry") et Vincent Gallo ("The Brown Bunny"), et sur une histoire d’amour mythique entre un cinéaste surdoué et sa fantomatique icône." Les Inrockuptibles


🔘 "Positano" de Pierre Clémenti, 28', 1969
avec : Tina Aumont, Pierre Clémenti, Philippe Garrel, Valérie Lagrange, Nico
Positano est une île de la côte amalfitaine que Neptune aurait, selon la légende, créé par amour d’une nymphe. Et c’est bien d’amour que ce film parle avant tout, un amour total et solaire dans lequel la famille et les amis sont saisis dans un même champ poétique. Juchée sur les rochers de l’île, la maison de Frédéric Pardo et Tina Aumont est devenue en 1968 un lieu de rencontres pour la communauté underground. Pierre Clémenti y séjourne quelques temps et y tourne des images d’une sensualité éblouissante.



TARIFS :


8€ / 6,50€ tarif réduit. Cartes UGC illimité et CIP acceptées



SORTIE DU DVD "La Cicatrice intérieure" le mercredi 10 juillet 2019 chez Re:Voir


Disponible en VOD ici

Landscape Dissolves de Paul Clipson, une sortie DVD attendue le 31 juillet

"Depuis Brakhage, les films de Clipson comptent parmi les plus claires expressions de la manière dont la vision est formée par le procès - de la manière dont la vue, loin d'être une fonction passive et inerte, forme le monde tout autant qu'elle est formée par lui. En sondant l'univers jusque dans ses moindre détails, souvent au moyen d'un objectif macro, Clipson nous montre, encore et toujours, comment le "renouveler" par l'acte de voir avec ses propres yeux - dirigés sur tout objet ordinaire, comme une feuille, une goutte d'eau, une capsule de bouteille rouillée, un mégot de cigarette -, chaque instant devenant l'occasion de s'émerveiller de la manière dont se forment les contours d'un objet, dont il interagit avec son environnement et en est le produit, dont il apparait et disparait."

Disait  Dan Browne dans son oeuvre Un cinéma pour l'œil intérieur : les films de Paul Clipson




C'est avec enthousiasme que RE:VOIR annonce la sortie le 31 juillet de Landscape Dissolves, une séléction de films de 2009 à 2016  du cinéaste Paul Clipson. 


Une sélection de quatorze films envoûtants où les lumières de la ville comme les apparitions d'un soleil crépusculaire ponctuent avec frénésie une poésie visuelle d'une douce mélancolie.  
Chacun d'eux est accompagné par la musique d'un compositeur d'exception accentuant l'intensité du mouvement d'une caméra pleine de liberté. 





Des superpositions d'images qui nous paraissent familières où les silhouettes féminines habillent des paysages de par une démarche énergique sur les bords de plage ou encore une nonchalance statique dans des paysages urbains.

"Les films de Paul Clipson sont uniques à notre époque contemporaine, tant par leur intensivité visuelle que par leur engagement dans un domaine allant au delà du langage au delà de la culture de l'information. Clipson veut nous livrer une connaissance du monde, des choses réelles, discrètes et actuelles."

Dan Browne, San Francisco Cinémathéque. 





CHORUS 2009 - 2010, 7' musique par Gregg Kowalsky 

LIGHT FROM THE MESA 2010, 7' musique par Barn Owl 

ABSTEIGEND 2012, 7' musique par Evan Caminiti 

LANDSCAPE DISSOLVES 2012, 6' musique par Alex Cobb 

ORIGIN 2009-2012, 9' musique par Che Chen 

PULSARES E QUASARS 2014, 4' musique par ARP 

VOID REDUX 2013, 6' musique par Barn Owl

BRIGHT MIRROR 2013, 9' musique par Jefre Cantu-Ledesma 

LIGHT YEAR 2013, 10' musique par Tashi Wada
DISPORTING WITH A SHADOW 2015, 4' musique par Alex Cobb 

THE LIQUID CASKET / WILDERNESS OF MIRRORS 2014, 9' musique par Lawrence English 

MADE OF AIR 2014, 11' musique par Grouper 

LIGHTHOUSE 2015, 5' musique par King Midas Sound/ Fennesz 

FEELER 2016, 7' musique par Sarah Davachi 



DVD disponible le 31 juillet 👀

15/05/2019

FILM/STILLS, l'exposition d'Holly Fisher s'invite à la Film Gallery







Comme vous avez pu le remarquer en passant devant notre boutique, The Film Gallery a maintenant son emplacement à côté des éditions RE:VOIR.
Et c'est Holly Fisher qui est à l'honneur ce mois ci, la cinéaste américaine à posé ses valises à Paris pour votre plus grand plaisir. Après la projection de son film "Bullets for Breakfast" édité aux éditions RE:VOIR au cinéma de l'Archipel, l'artiste nous introduit dans son univers par le biais d'autres médiums.






"Presque chacune des sept œuvres incluses dans l’exposition «Films / Stills » de Re-Voir «provenait de divers médias amateurs, notamment des vidéos de 8 mm, S8, Hi-8 et iPhone. Et alors que les images originales ont peut-être été filmées par moi dans un moment palpitant - de manière ludique et impulsive, plusieurs images à la fois et en quelques minutes à l’aide d’une imprimante JK Optical (film) et plus récemment, via plusieurs pistes vidéo rendues possibles sur une timeline de montage vidéo Avid. Ma façon de travailler est donc un mélange de spontanéité, de hasard et d’intention rigoureuse, du début à la fin."




"Le changement de lumière, de couleur et de mouvement me motive à tourner un film, mais c’est la combinaison complexe du rythme et de la pensée qui est le processus de montage, où je sens que mon travail est situé (et où j’ai mon vrai plaisir tourment!). Mon intérêt le plus profond est dans la perception, la mienne et celle du spectateur. Je travaille donc avec juxtaposition, répétition et autres manipulations variées, notamment pour amener le spectateur à ma propre façon d’explorer les images, les idées et la création de sens. Cadrer le travail dans le cadre du je fais, c’est essentiellement combiner encore avec le mouvement à la fois entre et dans les images. Dans ce contexte, la fonction de narration n’est plus de couleur rouge. Il en résulte un tissu d’images et d’idées en constante mutation, au sein duquel le spectateur doit tirer ses propres conclusions de l'avenir"


 Holly Fisher






👀 Exposition au 43 rue du Faubourg St Martin 
jusqu'au 21 juin 


🎬 DVD disponible ici 
Selection de film d'Holly Fisher disponible en VOD ici

22/03/2019

De nouvelles caméras sont arrivées !

Le printemps arrivant à grand pas, pourquoi ne pas profiter du soleil pour partir tourner dans les rues vos nouvelles découvertes et expériences ?

Chez RE:VOIR nous sommes heureux de vous annoncer l'arrivée de nos nouvelles protégées et il y en a pour tous les goûts! 






Nizo Super 8 camera, model 148XL,

fully refurbished, in perfect working condition.
Serial number : 1119474
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Nizo Super 8 camera, model 148 Macro,

fully refurbished, in perfect working condition.

Serial number : 1264141
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Nizo Super 8 camera, model 136XL, 

fully refurbished, in perfect working condition.


Serial number : 1065742
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Nizo Super 8 camera, model S800, 

fully refurbished, in perfect working condition.
1096659


Canon 814 XL Super 8 camera 

in mint condition, verified by our technician.  Sold with original box with instruction manual and shutter release remote
134876



BEAULIEU 4008 SUPER 8 CAMERA



Reconditioned Beaulieu Super 8 camera and lens customized to your specifications








NALCOM FTL 1000 SYNCHRO ZOOM SUPER 8 CAMERA




Refurburished Nalcom FTL 1000 Synchro Zoom Super 8 camera with lens, strap and handle


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23/05/2018

DVD re-issue SINS OF THE FLESHAPOIDS - MIKE KUCHAR

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
MIKE KUCHAR
Revial Edition! Now in 2 languages -English and French!

Along with Anger's Scorpio Rising and Warhol's Chelsea Girls, Mike Kuchar's Sins of the Fleshapoids remains one of the most influential films of the '60s American Underground. Mike and his brother George (who co-wrote Fleshapoids), were the godfathers of bargain basement cinema, pioneering a hilariously campy, lurid style between Ed Wood exploitation and Douglas Sirk melodrama.


Aux côtés de SCORPIO RISING de Kenneth Anger et de CHELSEA GIRLS d'Andy Warhol, SINS OF THE FLESHAPOIDS de Mike Kuchar demeure l'un des films les plus influents du cinéma underground américain des années 60.
Mike et son frère George (qui a co-écrit FLESHAPOIDS) étaient les parrains du cinéma trash à petit budget, pionnier d'un style à la fois kitsch et grinçant entre le style d'Ed Wood et le mélodrame à la Douglas Sirk.
 
SINS OF THE FLESHAPOIDS
Set a million years in the future, after "The Great War" has scourged the planet, mankind has forsaken science for self-indulgence in all the carnal pleasures afforded by art, food, and lust. Work is left to a race of enslaved androids. One rebellious male robot (Bob Cowan) tires of pampering his lazy masters, and joins the humans in sin. The future never seemed so ridiculous...
 
Un million d'années dans le futur, après que «La Grande Guerre» ait fustigé la planète, l'humanité a abandonné la science contre l'abandon de soi dans tous les plaisirs charnels offerts par l'art, la nourriture et la luxure. Le travail est laissé à une race d'androïdes asservis. Un robot masculin rebelle (Bob Cowan) lassé de prendre soin de ses maîtres paresseux, se joint aux humains dans le péché. L'avenir n'aura jamais été aussi absurde.
 
As a bonus, we present two classic featurettes from the Kuchar catalog/Bonus :
THE SECRET OF WENDEL SAMSON  
stars Pop artist Red Grooms in a dark, surreal psychodrama of sexual desire and the entanglements of intimacy.
met en scène l'artiste pop Red Grooms dans un psychodrame sombre et surréaliste, sur le désir sexuel et les enchevêtrements de l'intimité
.
THE CRAVEN SLUCK tells a torrid tale of adultery and flying saucers.
raconte un conte torride entre adultères et soucoupes volantes
- Director’s Commentary
- Booklet featuring Jack Stevenson’s interview with Kuchar
 

14/04/2018

Mahine Rouhi & Olivier Fouchard, DVD '' Films alchimiques et Carnets d'ateliers ''


Carnets d'alchimistes



" Comment réalisez-vous vos films, techniquement et économiquement ?
Artisanalement, archaïquement, précairement, sans un rond-ement...
Les considérez-vous comme expérimentaux ou préférez-vous un autre terme ?
Expert-mentaux, ex-pairs manteaux, ex-pairs-rie-ment-taux, ex-pères, compères et menthe à l'eau... "
Exploding à Olivier Fouchard

" Art : Recycler ou conserver ? Restaurer ? Laisser pourrir ! "


Olivier Fouchard est né en France en 1969. Il débute le dessin et la peinture au milieu des années 80. À sa sortie de seconde (1987), il rentre à l'école municipale des Beaux-Arts de Cambrai. L'atmosphère autoritaire de l'institution ainsi que des hospitalisations forcées censure toute créativité. C'est le même schéma qui se répète durant plusieurs années, lors de son entrée à la Tapisserie de Lisses ainsi qu'avec ses études en sérigraphie.
Ce n'est qu'à son arrivé au Beaux-Arts de Grenoble que plusieurs rencontres décisives ont lieu. Celle avec les membres du groupe Metamkine, qui l'initie aux techniques de tirage artisanal. Olivier a été membre actif du MTK de 1995 à 1998. Il fréquente également le 102, espace autogéré et autonome, y rencontrant Roselyne Roche et Christophe Auger. Enfin, c'est au Beaux-Arts qu'il fait la rencontre déterminante de Mahine Rouhi, avec laquelle il travailla par la suite sur de nombreux films.
Évoluant dans un milieu solidaire et propice à la création artisanal et indépendante, Olivier développe une esthétique singulière, nourrie par une connaissance approfondie des différentes plateaux et éléments que constitue l'appareillage argentique. Ses premiers films sont tirés avec une vieille Truca Bell & Howell des années 40, et développés avec des émulsions-maisons.

De sa filmographie de près de 100 films à formats et supports variables, on peut cerner deux registres essentiels, constitutifs de sa démarche passionnée.
D'une part, traiter les motifs et figures de ses films par tout les moyens possibles et inimaginables - mécaniques, optiques, chimiques - afin de, comme il l'énonce, faire " rendre gorge " aux images. Parallèlement à cette entreprise d'épuisement du visible, et fidèle en cela à l'esprit du MTK et de L'Abominable, il s'agit de faire " rendre gorge " au matériau filmique même et à son appareillage. C'est donc de ses productions aux financements et ressources matérielles toujours très restreintes qu'il forgea ses films.
D'autre part, cette écologie technique mise en place a comme horizon esthétique de développer, au sein de l'illusion filmique, des mondes perçus comme autonome. Tels des fioles d'un laboratoire d'alchimiste dans lesquels se meuvent des pierres philosophale en gestation.

La rencontre entre Olivier et Mahine a été déterminante dans l'élaboration de ces deux registres. Leurs travaux communs débutent en 2000, prenant les " sentiers lents et escarpés d'un montage archaïque d'images figuratives à la matérialité subite, essentielle, et de sonorités animant ces plans souvent fixes, qui finissent par nous regarder. " Leurs films, ainsi que les réalisations solitaires d'Olivier, sont à la frontière ténue entre l'abstraction matériologique et la fiction ésotérique, entre la plasticité lumineuse et les récits mystiques limbaires.
On ne peut s'empêcher de penser que les années sérigraphiques furent décisive sur sa pratique du cinéma. Il s'agit en effet de trouver la couleur et de suivre la ligne. Mais l'influence est seulement technique, pas esthétique. Si c'était le cas, ce ne serait pas des concentrées d'énergie chimique qui seront venues au monde, mais d'insipides films publicitaire.




                               Le Granier 


Carnets d'ateliers

                                      PTKHO



Tahousse





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Dans cette première édition exclusivement dédiée aux deux artistes, vous trouverez une réalisation solo de Mahine Rouhi (PTKHO, 7', 16mm, n&b, son, 2001) et une co-réalisation Fouchard/Rouhi (Tahousse, 31', 16mm, coul., son, 2001-2006). Les Carnets d'ateliers (76', digital, coul/ / n&b, son, 2015) s'inscrivent dans la pratique de l'autoportrait chère à Olivier Fouchard. Il y suit la démarche du peintre, qui utilise sa propre image pour questionner d'un même geste son rapport au monde et à soi, et l'évolution de cette situation dans le temps. Ainsi, c'est toute une phénoménalité de l'autoportrait, de l'auto-apparaître, qui s'émancipe des normes figuratives pour s'engager dans la disparition, la dissemblance, jusqu'à interroger la schizophrénie et le spectre du l'auteur. Enfin, deux films alchimiques d'Olivier Fouchard viennent conclure cette édition. La promenade bleue (14', 16mm, coul., sil., 2006), une sorte de journal intime partagé entre l'altérité et la contemplation de la nature ; et Le Granier, Version I (15', super 8, coul., sil., 2007), fiction apocalyptique face à la sidérante beauté multiple d'une simple montagne.

Tahousse est emblématique. Les tirages couleurs ont été faits directement sur le positif original. La pratique mélange du tirage optique à la Truca et du tirage contact. Rendre gorge aux images ne se fait pas de suite. Chaque plans du film firent l'objet de multiples manipulations, essais, expérimentations : intensifier telles ou telles dominantes chromatiques, préserver tels ou tels traitements chimiques. Comme le plumage du paon, mille et une forme naissent d'un même désir, celui renouvelé année après année de s'évader de la ville pour se réfugier en montagne.
Bien que leurs œuvres s'inscrivent dans la plus pure expérimentation laborantine, elles n'en sont pas moins dénuées d'un horizon politique. Celle d'une vive attaque envers l'emprise techniciste de l'industrie, censurant toutes déviations aux normes d'utilisation, sous couvert de respect du support. Une censure technique doublée d'une idéologie qui ne se manifeste que sous des masques, idéologie  qui justement consiste à masquer les énergies et puissances du support filmique.

" [...] des images brutales, rugueuses et crues portant haut l'outil qui les créent, l'outil qui prolonge cette main que l'on voudrait bien nous couper [...] "
(Martine Rousset)

Que ce soit l'obscénité du réel de l'image, les affects de souvenirs qui ne nous appartiennent pas, la blancheur de la virginité et de l'oubli, le net et le flou, la totalité et le détail ; voir les films d'Olivier et Mahine c'est oublier pour enfin redécouvrir. 
Voir les films d'Olivier et Mahine, c'est s'oublier soi même dans des cycles ontogénique d'images et de sons, parmi des motifs et figures douées d'une vie propre... toujours en gestation... toujours s'évanouissant... à jamais se renouvelant.


La promenade bleue


" L'histoire du cinéma, l'histoire des images, est quelque chose qui se recycle sans cesse [...]. C'est comme le processus de la vie. Il y a des choses qui pourrissent, qu'on enterre, qui redonnent de l'humus, qui deviennent du fumier, pour donner naissance à d'autres graines et d'autres plantes qui ont leur vie, qui se reproduisent, et qui à leur tour meurent et donnent naissance à autre chose. C'est le contraire de la vanité morbide, c'est la vie qui se perpétue. Et donc je verrais d'un assez bon œil que les gens me piquent des images, s'ils veulent bien laisser les originaux tranquilles. Et encore, s'ils le font, tant pis, du moment qu'ils prennent des images et qu'ils les retravaillent à leur tour. Le cinéma expérimental, c'est bien donner à son tour en filmant soi-même des images qui vont pouvoir être détournées ensuite. Réutiliser, c'est d'abord dévoyer. Dévier une trajectoire, donner une autre voie. ''

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Also Available at Re:Voir Vidéo :
Flamen'co, 7', 16mm, n&b, sil., 2002-2003 in. Cinéma Différent : Volume 2
Séries de longs entretiens, parmi lesquels un avec Olivier Fouchard et Mahine Rouhi, in. Fabriques du cinéma expérimental.


Toutes les citations sont extraites de :
Exploding, n°10+1, '' État des yeux ", Avril 2006.
Fabriques du cinéma expérimenal, Éric Thouvenel & Carole Contant, Paris Expérimental, n°19, Classiques de l'Avant-Garde, Paris, 2014.

Rédaction : François Moreau


27/11/2017

À propos d'Anticipation of the night : Du mythe de la sensation visuelle pure - et de son accomplissement

« … follow the spontaneous impulses of his own eyes. »
Scott Hammen, '' Cornell's Eyes ''



Prolégomènes

Stan Brakhage et ses œuvres, mais aussi le personnage artiste, parolier et écrivain, furent beaucoup admirés et gagnèrent ainsi leur renommée pour, dit-on, un univers visuel évoluant au-delà des mots si ce n'est du langage même.
P. Adams Sitney catégorise les films du cinéaste comme lyriques. Films effectuant un glissement de la perspective linéaire héritée des Lumière à la spatialité plane de l’Expressionnisme abstrait. Films sans autre force psychologique et trame narrative que celle de l’œil derrière la caméra. Plus encore, films emplis de sensations pures, c'est-à-dire avec comme horizon iconographique et accomplissement visuel de retranscrire sur le support-pellicule la vision enfantine du monde. Des vues d'avant le Verbe, un imaginaire et imaginarium qui ne seraient pas encore contaminés par les mots et le langage, et donc par la perception culturalisée de l'adulte, et corrélativement celle normée et totalitaire de la civilisation. Le cinéaste lui-même l'écrit, dans son fameux Metaphors on Vision (1963) : un enfant face à la couleur dénommée '' verte '', ne voit qu'une couleur. Ou alors, qu'une '' couleur '' ? …
On peut se rendre aisément compte de la limite d'une telle réflexion, malgré son lyrisme et sa virulence tant esthétique de politique. Ce discours, c'est celui du clivage depuis longtemps ressassé entre la perception érudite et culturelle d'un côté (donc indubitablement carcérale pour l'Art) et le sensualisme pure, dé-culturalisé, celles des artistes de génie sublimant de l’archaïque et du primitif sur leurs rectangles blancs. Cette limite, c'est celle du discours, de la langue que je parle, des mots que j'utilise à ce moment présent.

…

La culture francophone est friande de tels personnages. Certainement une trace d'anciens idéaux romantiques que les spectateurs assidus et critiques d'art projettent dans certaines œuvres. Et pourtant, que faire des motivations de l'artiste ? Des motivations inconscientes. On découvrira dans le livret bilingue du combo DVD/Blu-ray les touchants passages où Brakhage parle de son suicide anticipé, acte manqué qu'il réalisa au travers d'Anticipation of the night.

…

Mais revenons à ce mythe de la sensation pure, pure sensation visuelle (ou sensualisme purement visuel, pur visuel sensible, sait-on encore). Revenons, et introduisons dans le discours sur Anticipation of the night une certaine rigueur scientifique, pour tenter de se détacher du lyrisme. « La sensation pure n'existe pas parce que l'objet pur n'existe pas, ce serait une forme isolée, immobile et unique dans un espace homogène sans fond. » 1 A priori à mille lieux des films du cinéaste, toujours fuyant, multiples-en-un, évoluant dans une mélodie visuelle incroyable, qu'ils soient réalisés à partir de prises de vues réelles ou alors peints sur pellicule.
Continuons. La sensation est une perception, c'est-à-dire « un phénomène ouvert, individuel et aléatoire. ». 2  Ce qui revient à affirmer que, tout comme les objets, la sensation en soi n'existe pas. La sensation pure n'est pas perceptible. Admettre l'appréhension neurologique d'une sensation pure reviendrait à admettre une transcendance, c'est qui est contradictoire avec les présupposés téléologico-philosophiques de la sensation pure : l'immanence.
Neurologiquement, une sensation pure, c'est-à-dire une vision entièrement, absolument et indéfectiblement neuve pour le corps qui la reçoit, serait bien loin des attentes du sensualisme pure (du lyrisme) : l'incroyable, l'inexplicable, le non discursif, ce qui ne renvoie à rien et qui pourtant se trouve là, en face de moi. Une sensation pure, ce serait un influx électrique dans la matière du cerveau ne correspondant à rien qui n'ait jamais été touché par aucun signal nerveux, de proche en lointain. Une zone vierge de notre esprit, n'activant donc aucun affect, aucune mémoire ni souvenir.

Comment alors dire cet attrait du retour aux images de la petite enfance ?


Candide description

Les images sont silencieuses. C'est alors que, doucement, lorsque l'esprit est enfin prêt à accueillir la prosodie de l'écran, une mélodie du temps et de l'espace se forme face à nos yeux. Les images dansent dans un syncrétisme et une synesthésie rarement inégalée, si ce n'est encore jamais.
Les images nous touchent, nous pénètrent du regard. Et pourtant, jamais on ne se sent épié, mis sous tutelle, pris dans un panopticon filmique. C'est même agréable, enivrant, sécurisant. On s'assimile à ce qui bouge, jusqu'à ce que cela bouge dans notre rétine … derrière nos paupières … film-corps, chaire-pellicule, corps-cinéma.

Anticipation of the night, c'est l'établissement historique d'un montage réglé et réflexif des puissances chaotiques du cinétisme. Cinétisme intrinsèque à cette belle idée de cinéma, mais qui le précède et le porte en gestation depuis que les ombres et hombres ont porté la lumière et saisi la ligne. Cinéma, de la sainte immobilité du photogramme aux fusions déchaînées des émulsions. Brakhage mont(r)e ses images, les maintient en vie autant qu'il les suture. Un montage effroyablement lucide des puissances figurales des corps d'ombres, lueurs volatiles et abstractions chromatiques. Lucidité et acuité du détail face aux abstractions figuratives. Pointes de flous et nappe de nettetés. Sens et rigueur de la rythmique anarchique de ce mystérieux lieu : la nuit et son peuple de lumière obscure.
Rarement un cinéaste a su montrer avec autant d'exactitude ce que cela fait au corps d'être dans la nuit, de marcher avec elle, de voir au travers d'elle : d'être nuit, d'habiter son corps. Anticipation of the night est une plongée dans la nuit, autant qu'une prescience de son imminente arrivée.


C'est un film au delà des apparences, ces pures apparences supplantées par d'odieuses idées de catégorisation et division. Les vies du monde : végétaux, éléments, luminosité, obscurité, objets et corps semblent être unies dans un même et perpétuel mouvement au sein d'un incommensurable réseau d'énergies formelles, chromatiques, lumineuses, musculaires.
C'est l’innommable épopée de la vivacité des forces collectives anarchisantes qui parcourent le monde, au sein de laquelle un homme-ombre oscille à sa survivance, toujours se rapprochant de l'impossible suicide.

…

Comment tuer une image avant qu'elle me prenne ?
« Les noms des colles vaudront, pour moi, plus que des centaines de mots d'esthétique. » 3

…

Anticipation of the night. Ça ne cesse jamais de renvoyer à son support même. Et pourtant, c'est comme si nous découvrions pour la première fois ce que recèle véritablement le cinéma.
Anticpation of the night. Autant qu'une ultime expiration, est une précieuse image tendue, implosant dans la tension de ce qu'elle arrive miraculeusement à contenir. Et une première inspiration, l'immédiat d'après la gestation.




Ça aurait dû, c'est ainsi

« That was in one sense to be my last film [...] ». Il avait bel et bien raison, puisqu'on se demande encore, à l'instar d'un Meshes of the Afternoon, comment une telle œuvre a-t-elle pu naître de sitôt. Anticipation of the night reste un exploit inégalable, un film qui nous regarde et nous saisit avec une profonde vigueur. Celle que possèdent ces films mystérieux, hors du temps, qui viennent nous hanter de fond des rêves, à jamais présents derrière nos paupières closes.

Ça aurait dû être son dernier film, mais il le fallait au plus vite. Il le fallait pour exhumer quelque chose de profond ... sourdement clignotant du fond du soi ... un désir inexplicable de mort et de vie.

Plus d'un demi-siècle après, ce désir est toujours à l’œuvrage.




  1. Philippe Meyer, L’œil et le cerveau, p.104, Odile Jacob, 1997, Paris
  2. Idem., p.112
  3. Stan Brakhage, cit. in. '' Le don de Brakhage (Hommage) '', LEBRAT Christian, Les Cahiers de Paris Expérimental n°14, p.24

Rédaction : François Moreau